Accueil Infos Santé Santé / Lutte contre le VIH : Des avancées significatives enregistrées après 20 ans d’actions
Infos SantéNationale

Santé / Lutte contre le VIH : Des avancées significatives enregistrées après 20 ans d’actions

Vingt ans après avoir figuré parmi les pays les plus touchés par le VIH en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire enregistre des progrès significatifs dans la lutte contre l’épidémie. Dans cette interview, le directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le Sida (PNLS), le Pr Ehui Eboi, dresse le bilan des avancées obtenues, revient sur l’impact limité de la suspension de l’aide américaine et met en lumière les défis persistants, notamment chez les jeunes et au niveau des activités communautaires.

Interview réalisée par Zoumana Coulibaly

Le directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le Sida (PNLS), le Pr Ehui Eboi,

« Il y a 20 ans, la Côte d’Ivoire était considérée comme le pays le plus touché par l’épidémie du VIH en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, nous sommes en train de contrôler l’épidémie. »

Pr Ehui Eboi est le directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le Sida (PNLS). Dans cette interview, il revient sur l’incidence de la suspension momentanée de l’aide américaine dans la lutte contre le VIH en Afrique, évoque la disponibilité des antirétroviraux (ARV), dont la fourniture n’a jamais fait défaut, et dresse un état des lieux de l’épidémie en Côte d’Ivoire.

L’aide américaine en faveur de la lutte contre le VIH a été suspendue en début d’année 2025…

Merci. Effectivement, en janvier 2025, nous avons appris de manière brutale la suspension de l’aide extérieure américaine, notamment dans le domaine de la santé et plus particulièrement dans la lutte contre le VIH.

Quelle incidence cette suspension a-t-elle eue sur la lutte contre la pandémie ?

La brutalité de cette annonce a entraîné, de façon inattendue, une courte période de flottement. Mais très rapidement, cette mesure a été accompagnée d’une dérogation. La suspension ne concernait pas les activités liées aux soins vitaux pour les patients, notamment l’approvisionnement en antirétroviraux (ARV).

Dans quels domaines précis s’exerce l’aide américaine en Côte d’Ivoire ?

De façon globale, le gouvernement américain appuie l’État ivoirien, notamment pour l’acquisition des ARV, des intrants de laboratoire, mais aussi pour les activités communautaires. Ces dernières bénéficient d’un appui important à travers les ONG présentes sur le terrain, qui mènent des actions de sensibilisation, de dépistage et parfois de prise en charge de certaines populations clés, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes transgenres, les travailleurs du sexe et les usagers de drogue.

Ces ONG assurent une prise en charge spécifique de ces groupes en raison de leur vulnérabilité. Toutefois, la suspension n’a pas eu un impact majeur sur la prise en charge globale, car l’État ivoirien en assure une grande partie du financement.

Je prends l’exemple des structures de santé : plus de 3 000 établissements assurent la prise en charge du VIH en Côte d’Ivoire. Contrairement à certains pays d’Afrique australe et de l’Est, où cette prise en charge repose essentiellement sur des cliniques privées ou des ONG financées à 100 % par les États-Unis, chez nous, 90 à 95 % de la prise en charge est réalisée dans les structures publiques.

Ainsi, les hôpitaux publics n’ont pas fermé et les services ont continué normalement. Ce sont essentiellement certaines ONG et associations bénéficiant exclusivement de financements américains qui ont subi des conséquences.

Pouvez-vous préciser la nature de ces conséquences ?

Certaines ONG ont dû cesser leurs activités faute de financement et procéder au licenciement de leur personnel. Face à cette situation, nous avons opté pour une intégration des patients concernés dans le système national, notamment au sein des centres de santé publics.

Qu’en est-il de la disponibilité des ARV ?

L’approvisionnement en ARV s’est poursuivi. En novembre 2025, nous avons reçu une livraison importante d’ARV financée par le PEPFAR, arrivée à la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique (NPSP). Il n’y a donc pas eu d’interruption à ce niveau.

En revanche, l’USAID a été suspendue et n’existe plus. La part de son financement destinée aux ARV a été prise en charge par l’État ivoirien.

Dans l’ensemble, la suspension de l’aide américaine n’a pas entraîné de perturbations majeures dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH en Côte d’Ivoire, à l’exception des activités communautaires menées par certaines ONG entièrement financées par cette aide.

Qu’en est-il au niveau des structures de l’État ?

Dans les structures publiques, il n’y a pas eu de perturbations majeures. Les activités ont continué normalement, même si nous avons parfois rencontré des difficultés d’approvisionnement liées à la suppression de l’USAID.

L’appui de l’État augmente chaque année grâce au mécanisme de cofinancement mis en place avec les partenaires tels que le gouvernement américain et le Fonds mondial. Ce système permet progressivement de réduire les déficits de financement, avec pour objectif de couvrir totalement les besoins d’ici trois à quatre ans.

La suspension de l’aide américaine a-t-elle eu un impact sur l’appui de l’État cette année ?

Non, le niveau de l’appui de l’État n’a pas diminué cette année. Au contraire, le budget dédié à la lutte contre le sida augmentera l’an prochain, conformément aux engagements du gouvernement.

Par ailleurs, un Fonds national de lutte contre le Sida existe et fait actuellement l’objet d’une restructuration visant à élargir ses missions et sa capacité de mobilisation des ressources domestiques, notamment à travers la parafiscalité et de nouvelles niches fiscales. L’objectif est de mobiliser entre 100 et 150 milliards de francs CFA par an.

Quel est le niveau de l’appui du Fonds national aux activités communautaires ?

Les ONG et associations de terrain bénéficient d’un appui du Fonds national à hauteur d’au moins un milliard de francs CFA.

Certains acteurs communautaires estiment cet appui insuffisant…

Il faut reconnaître que ce montant reste insuffisant, compte tenu de l’ampleur des besoins. Les activités communautaires jouent un rôle essentiel dans le dépistage, l’observance du traitement et l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH, notamment les enfants et les femmes enceintes.

La suspension de l’aide américaine expose-t-elle à un risque de nouvelles infections ?

Cette suspension crée effectivement un vide qu’il faut combler rapidement pour maintenir le niveau de prestation des services. Le risque existe, mais les structures de santé continuent de fonctionner avec les moyens disponibles. Toutefois, l’appui communautaire demeure indispensable, aussi bien pour le VIH que pour d’autres maladies comme le paludisme.

Quelle est la situation actuelle de l’épidémie en Côte d’Ivoire ?

Il y a 20 ans, la Côte d’Ivoire était considérée comme le pays le plus touché par le VIH en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, la situation a nettement évolué et l’épidémie est sous contrôle.

La prévalence est passée d’environ 10 % entre 1998 et 2000 à 1,7 % actuellement chez les personnes âgées de 15 à 49 ans. Entre 2010 et 2024, le nombre de nouvelles infections a baissé d’au moins 66 %, tandis que les décès liés au sida ont diminué de 75 %.

Le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant est passé d’environ 40 % à 8,57 %. Globalement, même si tous les objectifs ne sont pas encore atteints, nous sommes sur la bonne voie.

Concernant les objectifs 95-95-95 de l’ONUSIDA, nous sommes à 85 % pour le dépistage, 92 % pour la mise sous traitement et 89 % pour la suppression de la charge virale. Des efforts restent donc nécessaires.

Enfin, nous observons une recrudescence des nouvelles infections chez les jeunes de 15 à 24 ans, en raison d’un déficit d’information et de comportements sexuels à risque. Grossesses précoces, infections sexuellement transmissibles, consommation de drogues et pratiques à risque contribuent à cette tendance, qui appelle une réponse renforcée en matière de prévention.

Source : AIP

laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Articles les plus consultés

  1. Agence de Communication & Organe de Presse (916 285)
  2. JD MAG + TV Contactez-nous ! (27 340)
  3. Dossier / Tout savoir sur les bourses d’études du METFPA (26 410)
  4. Côte d’Ivoire / La CMU est désormais exigée aux élèves affectés en classe de 6e pour le retrait de la bourse (21 312)
  5. Côte d’Ivoire / BEPC 2023 : Des salles de classe transformées en dortoirs pour des candidats à Grabo (19 891)
  6. Côte d’Ivoire / Soubré : Un élève de 4e tue sauvagement une jeune fille et tente de s’enfuir (14 769)
  7. La Web Tv – JD Magazine + Télévision (14 585)
  8. Bande dessinée MoYah Série N°007 – La mascotte de l’école ivoirienne (12 951)
  9. Côte d’Ivoire / METFPA – Écho du Québec : Arrivée des 21 Jeunes Ivoiriens au CANADA (12 601)
  10. Côte d’Ivoire / Un élève de terminale viole une fillette de huit ans à Alépé (12 414)

SUIVEZ-NOUS SUR FACEBOOK ...

Publicité

Articles Liés

Éducation NationaleNationale

Yamoussoukro accueillera la 5e édition continentale des Olympiades internationales de mathématiques en juillet

La cinquième édition continentale des olympiades internationales de mathématiques dédiées à l’excellence...

Éducation NationaleNationale

L’enseignement du chinois séduit plus de 10.000 élèves en Côte d’Ivoire

Plus de 10.000 élèves répartis dans des clubs des élèves amis de...

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com