Lors d’une rencontre organisée sur l’initiative de Speak Up Africa, vendredi 27 mars 2026 à Abidjan Plateau sur le thème « Dialogues croisés : Avos et médias en interaction », Dr Cédric Jaurès Adompo Yapi, médecin-microbiologiste à l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire (IPCI), a tiré la sonnette d’alarme face à l’augmentation rapide de la résistance antimicrobienne dans le monde, en particulier dans les pays en voie de développement, tels que la Côte d’Ivoire.
Selon du spécialiste, la résistance aux antibiotiques est devenue une menace majeure pour la santé mondiale, car il y a un nombre grandissant de personnes qui résiste aux traitements courants, compromettant l’efficacité des soins et mettant en péril les progrès médicaux récents. Les infections les plus récurrentes sont entre autres, les urinaires, respiratoires, gastro-intestinales, sanguines ou sexuellement transmissibles…
« Les maladies sont une combinaison de l’environnement, de la santé, mais aussi, de la qualité de ce que nous consommons comme aliment. Tous ces facteurs peuvent entrainer l’émergence en effet de nouvelles épidémies, puisqu’il y a transformation/mutation des microbes. Ce qui explique la résistance aux antimicrobiens, et menace la santé des familles dans le monde entier », a averti l’expert.
Cela peut s’expliquer notamment par la faiblesse des systèmes de santé et le manque d’accès à des outils de diagnostic fiables dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Aussi, de plus en plus d’antibiotiques essentiels et basiques tels que la pénicilline, les carbapénèmes et les fluoroquinolones perdent de leur efficacité, poussant les praticiens à recourir à des médicaments de dernier recours, souvent coûteux et difficiles d’accès dans ces pays.
« Or, les pays les plus touchés par la résistance antimicrobienne sont souvent ceux qui disposent du moins de moyens pour la surveiller et y faire face », a déploré le médecin-microbiologiste, qui estime que pour contrôler et réduire les fardeaux de ces épidémies, il faut renforcer les systèmes de prévention, de diagnostic (précoce) et de traitement.
« L’avenir de l’Afrique repose sur la recherche microbiologique, car les infections transmissibles y sont très teigneuses. Pour cela, les gouvernants, et même le secteur privé à travers les mécènes et les Fondations, doivent faire de la surveillance sanitaire une priorité, en mettant les moyens financiers pour acquérir du matériel de pointe. Les compétences scientifiques et la volonté sont déjà disponibles. Nous devons éviter de trop dépendre des partenaires extérieurs comme c’est le cas d’ailleurs… Notre souveraineté sanitaire en dépend », a conclu Dr Yapi. Il a appelé à investir dans le développement d’antibiotiques de nouvelle génération, de tests moléculaires rapides et dans une utilisation plus responsable des traitements existants.
Selon le rapport de l’OMS basé sur le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens et de leur usage (GLASS), la résistance bactérienne a été directement responsable de 1,27 million de décès en 2019, et a contribué à près de cinq millions d’autres à l’échelle mondiale. Sans action urgente, les experts craignent des pertes économiques estimées à 3.000 milliards de dollars de produit intérieur brut (PIB) par an d’ici 2030.
Source : AIP

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